Carnet de route de Caloulaframboiz

24 février, 2012

Adam et Eve

Classé sous Non classé — caloulaframboiz @ 12:08

 Voilà, j’ai vu ma première comédie musicale. A 48 ans. J’étais pleine d’ a priori sur ce genre de spectacle. C’est souvent kitsh. Les paroles tuent. Et puis aussi, ils chantent ce qu’ils viennent de dire. (dans le donjoooon, copyright Gad El Maleh). D’un autre côté, j’ai toujours aimé la  voix de Thierry Amiel, et j’y allais avec une dizaine de copines. Bref, ouverte à tout, je ne demandais qu’à voir pour me faire une opinion.

Je n’ai pas été déçue. Ce fut même tout le contraire. Le spectacle était partout: sur scène, dans les airs, avec des numéros très aériens et poétiques qui m’ont fait penser au cirque du soleil ( j’ai appris après que le chorégraphe du spectacle est justement le  même que celui du cirque du Soleil), spectacle aussi dans le public, avec les traversées des danseurs entre les rangées.  C’est très coloré, enlevé, les musiques sont carrément rock pour certaines, mais difficile de ranger le genre dans une case tant on côtoie de styles différents. Musique électro, tendres mélodies, et un Bollywood de folie qui a emporté et séduit tout le monde. Les voix des chanteurs sont au top et sur le piano voix de Thierry, on a senti un frisson parcourir les gradins.Bon, oui, les paroles sont de Obispo, donc on a droit à you’re the one for me, I’m the one for you, mais finalement, ça ne gâche pas le plaisir qu’on a à suivre cette histoire très manichéenne.

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J’avais le sourire tout le long, pas assez d’yeux pour regarder partout et ne rien rater. Les danseurs déboulent et se lancent dans des acrobaties périlleuses, le décor change sous nos yeux et on se laisse emporter par la magie du moment. Deux heures trente de spectacle sans une minute d’ennui, standing ovations à la fin, et puis on se retrouve dehors ,sous la pluie, simplement ravis d’avoir été là. Comme quoi, on peut passer de Metallica à Adam et Eve et au prochain concert de Rammstein sans sourciller, tant qu’il y a du plaisir…

 

14 janvier, 2012

Coup de théâtre^^

Classé sous Non classé — caloulaframboiz @ 16:27

Acte I, scène 1                   Mardi 3  janvier, 7H45

C’est la reprise, après deux semaines de vacances. Je me gare, me dirige vers l’école avec mon gros cartable sous le bras quand j’entends:  » Eééééééééhhhhh!!! Ohhhohoh!!  » Y a un homme, penché à la fenêtre du premier étage d’une jolie maison provençale  et il me fait de grands signes. Je m’approche, il m’explique que sa compagne est partie en fermant à clef derrière elle, que ses clefs à lui sont dans sa voiture en contrebas, et que du coup, il se retrouve enfermé chez lui. Il me jette les clefs de sa 308, et me voilà à farfouiller dans sa boîte à gants . Je trouve les clefs, monte lui ouvrir. Il se confond en remerciements. Quant à moi, je suis au bord du fou rire tant la situation est cocasse.

Acte I, scène 2            Vendredi 13 janvier, 13H45

Salle d’attente de la radiologie, à l’hôpital. Faut être sacrément optimiste pour avoir rdv un vendredi 13 pour une mammographie, surtout quand on s’est découvert une petite boule au niveau du sein droit. En même temps, je ne me voyais pas attendre un mois de plus pour un autre rendez-vous, alors… Je passe  sur les joies de la mammographie, ou, pour les non-initiés, comment, à partir d’une poitrine 90B obtenir entre deux plaques glacées deux crêpes horriblement douloureuses. « Ne respirez pas! Ne bougez pas! »Bruits bizarres, puis  » Ne vous rhabillez pas, je confie les clichés au docteur D., il y en a pour quelques minutes. Je me retrouve seule, dans la pénombre, à demi-nue. Je me gèle. Oui mais elle a dit de ne pas se rhabiller. C’est quoi cet appareil derrière moi? ça fait combien de minutes là? Et si…? Merde, je n’avais pas éteint mon portable. Bon, alors, il fait quoi le toubib? Je suis gelée et en même temps, des gouttes de sueur perlent le long de mes bras. Mon trouillomètre doit être au maximum… Douleur à l’estomac. J’attends. J’attends. Put**, doit vraiment y avoir un problème…La porte s’ouvre, c’est la manipulatrice: passez à côté, le médecin va vous faire une écho supplémentaire. Bon, je respire un grand coup, sinon je vais mourir pour cause d’apnée prolongée avant d’avoir les résultats. Il fait encore plus froid dans la salle d’à côté. Et j’attends. j’attends. Sur l ’appareil laissé allumé, je peux lire tous les noms des patients qui m’ont précédée, et l’examen qu’on leur a fait: bonjour la confidentialité! Et puis la porte s’ouvre: Surrrrrrpriiiise!!!! C’est l’homme que j’avais aidé dix jours plus tôt, coincé chez lui!!!  Aaaahhh, mais c’est vous!!!! » Il me fait un grand sourire, me rassure tout de suite, c’est un kyste bénin qui ne nécessite aucun traitement. Mes neurones se reconnectent alors les uns aux autres, et j’arrive à apprécier l’incroyable de la situation:  lorsqu’ il me tâte la poitrine longuement ( et en douceur! ^^) je me dis que je n’aurais jamais parié sur ça dix jours auparavant! Il  me fait l’écho en prenant soin de tout bien expliquer. Je suis soulagée, et me sens un million de fois plus légère qu’en arrivant. Je me marre en constatant les hasards de la vie, et cette fois-ci, c’est moi qui le remercie chaleureusement….

8 novembre, 2011

Quand t’as le blues

Classé sous Fiction — caloulaframboiz @ 21:25

C’est dur d’écrire son blues. Parce que quand t’as le blues, t’as envie de rien. Et surtout pas de mettre des mots inutiles sur ton vague à l’âme abyssal. Faut beaucoup de gaieté pour parler de sa tristesse. Faut beaucoup de courage pour parler de la lâcheté du monde et faut beaucoup d’humour pour dire le tam- tam mélancolique de ses ventricules.  Quand t’as le blues, le monde est forcément raccord avec toi. C’est toujours ce jour-là que le ciel restera gris même à midi, que les grosses gouttes glacées viendront s’écraser sur la vitre de ta cuisine et que le ciel essorera ses nuages sur ton linge fraîchement étendu.  C’est ce jour-là que ton chat disparaîtra, alors que tu aurais eu tant besoin de ses aller-retour contre tes jambes, c’est ce jour-là que le voisin choisira pour retravailler un prélude de Bach en enchaînant les fausses notes comme des perles sur un collier, et ce jour-là que le lave-linge se mettra à fuir pendant que la radio diffusera l’intégrale des slows de Scorpion.  Ce jour-là aussi, t’auras des envies de gagner au loto, de gommer du paysage tes collègues de boulot, et de te voir canon dans le miroir, sauf que tu ne joues jamais aux jeux de hasard, que tes collègues rigolent bien fort mais s’arrêtent net quand tu rentres dans la pièce,  et que t’as des cernes comme des soucoupes autour des yeux.    Quand t’as le blues, tu te dis que tu aurais dû aller à ce rendez-vous amoureux à Paris, qu’il te manque toujours autant, et que ce que tu ressens pour lui est plus fort que ce que tu lui reproches, et pourtant, ce que tu lui reproches, c’est moche. Tu te rappelles ce philosophe qui disait que Les seuls paradis sont ceux qu’on a perdus, mais c’est pas franchement fait pour te remonter le moral.    Faudrait voir à ne pas trop se laisser aller à la dérive, du coup,  tu enfiles ta veste et tu vas tenter de t’aérer l’esprit au café du coin. Mais le mauvais temps a dissous les clients et la patronne a tiré le rideau. Elle aussi n’avait pas le moral alors elle a dû rentrer chez elle et  préparer un bœuf Bourguignon longuement mitonné au coin du feu.   Le café fermé, tu rentres chez toi penaude. Le chat est rentré et réclame ses croquettes. Tu as oublié d’en racheter mais t’es tellement contente de le revoir que tu lui files ton steak haché fait sous tes yeux par ton boucher préféré.  Tu sors ta guitare de l’étui et tu grattes quelques notes, un air de blues piqué à Rory Gallagher.   OK, tu ne joues pas aussi bien et ta voix laisse à désirer mais c’est tout de même beau et émouvant, alors le chat ronronne, la pluie ne frappe plus les vitres mais les caresse, et le réverbère en bas de chez toi ne déconne, plus,simplement il  clignote….A bien y regarder, tu crois même qu’il te fait de l’oeil…Le voisin du dessus a dû finir par s’endormir ou s’est fait enlever par des extra-terrestres, parce qu’on n’entend plus rien.  Et le silence revenu , ce silence qui certains jours te fait flipper, distillerait presque un petit goût d’on n’est pas mal ici.  

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15 juin, 2011

Y a des matins comme ça…

Classé sous Humeur — caloulaframboiz @ 8:41

Y a des matins comme ça…On a mis trois pinces dans ses cheveux propres et ça fait un chignon dément, style haute-couture… On a mis LE petit haut blanc top dont on rêvait depuis deux ans,  qu’on a fini par dégoter samedi totalement par hasard,  et ça le fait GRAVE… Dommage que ce soit pour  aller à une réunion de boulot dans une salle de classe poussiéreuse, dans un village paumé du fin fond de la campagne… LOL   

6 juin, 2011

Emotion

Classé sous Bout de chemin — caloulaframboiz @ 20:10

rootsofemotion.jpg

Emotions fortes aujourd’hui… Je ne finirai pas centenaire, c’est sûr.

Il y a des hommes, qui, dès qu’on leur parle sentiments, deviennent autistes, ils répondent à nos appels par des silences, ils fuient. Ils ne savent pas faire.

Moi, j’ai de la chance.  

2 juin, 2011

C’était il y a trente ans

Classé sous Bout de chemin — caloulaframboiz @ 11:23

mediumlondoncalling1.jpgIl y a 30 ans, on était en 1981. J’étais en terminale C au lycée Gérard Philippe. Je me préparais à passer le bac et j’étais amoureuse de Norbert. La gauche venait de passer au pouvoir, et le lendemain de l’élection, la surveillante générale, une rose à la main, dansait au milieu des élèves dans le hall d’entrée.  La prof d’histoire, un sourire radieux sur le visage, nous expliquait qu’en fait, là, on était en train de vivre l’Histoire avec un grand H.

Nous, on voyait plutôt qu’on avait des tas de chapitres à ingurgiter avant la date fatidique, et en guise de protestation révolutionnaire anticonformiste,on portait tous, tel un uniforme, des jeans Lois et des Stan Smith. Dans les booms, on s’éclatait sur les nouveautés de l’époque, AC/DC venait de sortir Highway to hell, Téléphone gueulait  » Argent trop cher! »,  les Clash  poussaient le cri du coq dans  » London Calling »mais quand même, parce qu’on planquait bien un peu de romantisme, on dansait des slows sur  » When a man loves a woman » ou sur  » Capri c’est fini ». On fumait, et on parlait des nouveautés, du disque laser, invention improbable qui ne risquait pas de marcher, et puis comment imaginer quelque chose qui détrône tous ces vinyls qu’on aimait tant? ll n’y avait pas de téléphone portable ni d’ordi, et pour dire à quelqu’ un  » je t’aime », on pouvait pas se planquer derrière des  » Jt’m »  de sms, fallait avoir des couilles …

Norbert avait de l’acné et des jambes toutes maigres, et moi je remplissais déjà des pages de toutes ces émotions qui me noyaient. Je passais des nuits blanches chez mon amie Sylvie, à refaire le monde et à imaginer ce que serait notre avenir, on allait au lycée  crevées,sans avoir dormi, mais avec la conviction que pour nous, ce serait différent. Elle est devenue trader pour la Société Générale et moi instit rurale…C’est pas vraiment ce qu’on avait prévu…

Aujourd’hui, le lycée Gérard Philippe a été rebaptisé lycée Albert Einstein, – tout un symbole-,  et c’est mon fils qui prépare le bac. La gauche empêtrée dans ses contradictions n’en finit pas d’essayer de revenir au pouvoir, les vinyls sont vintage, et Bon Scott mange les pissenlits par la racine. Corine ne parle plus à Jean-Louis, et Norbert a divorcé deux fois.   Y a toujours autant d’émotions en moi,  et j’ai des rêves plein la tête pour les trente ans à venir.

Et vous, vous faisiez quoi il y a trente ans? 

31 mai, 2011

La couleur des sentiments

Classé sous Coups de coeur — caloulaframboiz @ 17:43

couleursentiments1.jpg

La couleur des sentiments, de Kathryn Stockett

 

J’ai adoré ce livre! Ce fut le coup de coeur intégral! Vous savez, c’est ce genre d’histoire qu’on commence sans trop savoir où l’on va et qu’on ne peut plus lâcher avant la fin.

On est en 1962, dans la petite ville de Jackson, Mississipi. Les lois raciales font autorité et les bonnes noires sont au service des bourgeoises blanches. Les bonnes noires n’utilisent pas les mêmes couverts que les blancs, les bonnes noires ont des toilettes séparées au fond du jardin parce qu’elles  » ont des maladies que n’ont pas les blancs »,  elles sont obligées de porter, même par 38°C à l’ombre, des collants blancs pour cacher la couleur de leur peau qui dérange. L’une d’elle, Aibileen, a, au bout de quarante ans de service , appris à tenir sa langue, mais Minny, son amie, insolente et tête brûlée, vient juste de se faire renvoyer.

Skeeter Phelan, la blanche de retour à Jackson après ses études, n’est pas comme les autres. Son rêve n’est pas de faire un beau mariage et d’avoir des enfants, comme en rêvent ses amies, son rêve est devenir écrivain. La jeune blanche et les deux bonnes noires, poussées par une envie folle d’enfin changer les choses, vont peu à peu apprendre à se faire confiance et devenir amies, unies par un projet fou: écrire dans le plus grand secret les histoires croisées des bonnes noires de Jackson. 

On oscille en permanence entre indignation et émotion, entre suspense et fou rire. Les échanges sont savoureux, le point de vue des bonnes souvent irrésistible, l’histoire avance et nous happe sans nous laisser de répit, on a peur  pour Minny et Aibileen, on est hilares en lisant les inventions de Minny, on croise les doigts tout le long pour que ça marche. Le tissage des sentiments se fait fil à fil, c’est fin et inventif du début à la fin.

Une totale réussite!

 

30 mai, 2011

Les petits bonheurs

Classé sous Bout de chemin — caloulaframboiz @ 20:16

robertdoisneau1943leremorqueurduchampdemarsresized.jpg

Allumer la radio et tomber pile sur la chanson qu’il nous fallait. Se coucher dans des draps propres. Manger des framboises. Se prendre un fou rire à s’en faire pipi dessus ( merci Joanne^^). Sentir l’odeur du pain grillé quand on se lève. Regarder une très super chouette photo de soi dans la cuisine  les jours où on a une sale gueule. Débuter une collection de n’importe quoi. Dormir la fenêtre ouverte. Nager nue. Aller à une soirée où on ne connaît personne et faire connaissance avec plein de gens. Rêver. Commencer un livre sans grande conviction et se faire happer par l’histoire. Voir un film avec Scarlett Johanson. Aller au concert. Trouver  un billet de 5€ dans une veste qu’on n’a pas mise depuis un an.  Ecouter Rory Gallagher.Entendre l’orage planquée sous la couette. Manger des cerises dans l’arbre.

26 mai, 2011

Love is a loosing game ( et le premier qui me dit que non… lol)

Classé sous Fiction — caloulaframboiz @ 22:05

rue.jpg  

Si on souhaite savoir où crèche Dieu, il suffit de demander à un ivrogne. Bukowski  

  Ce soir, la rue est pleine de rires et d’engueulades, pleine de drames et de calme poisseux.  Ce soir, la rue fait son théâtre, avec ses chats efflanqués guettant à l’arrière  des restos, les mémés à fichus  sortant les poubelles à pas mesurés et les Doors, quelque part dans une chambre de bonnes, déchirant post- mortem tout un pan du monde. Il y a aussi les gueules des pochards célestes tendues vers les étoiles, réclamant leur dû , et des filles aux beautés outrageuses, à vendre, ou non, c’est selon.    

Il y a aussi de la misère sous les cartons, un rat en décomposition dans le container de l’immeuble bourgeois et de la richesse dans le cœur du petit vieux, pas retombé en enfance, mais  retombé amoureux… 

  Dans cette rue qui descend tout droit vers le parc… Moi, Apolline, hormis mon joli prénom, je suis une fille sans aucun talent, à part celui de sauter à pieds joints dans les ennuis. Du genre à aller dîner avec un parfait inconnu dont j’ apprends un quart d’heure plus tard qu’il milite au FN, du genre à me retrouver enfermée dans un parc et à devoir escalader le portail en petite robe d’été et talons hauts pendant que le clochard hilare  se met à croire au père Noël et gueule :<>  Du genre aussi à tomber amoureuse pour un sourire, une attention. Une gourde, quoi. Les gens aiment bien les gourdes et moi, j’ aime bien qu’on m’aime.  Dans le café, je fais une partie de flipper en attendant Dominique, ma colocataire. J’ai vu rentrer ce gars et la boule est retombée direct , sans marquer un point.  Je croirais aux  présages, que ça en serait un bien mauvais.   

Armel. J’ai un prénom à la con et je sors de prison.

J’ aurais pu m’appeler Pascal ou Fred, ça aurait été sûrement plus facile, mais non, Armel , ma mère avait décidé , avant de mourir bêtement, renversée par un chauffard, place de la Renaissance.  — Restez où vous êtes, il a gueulé !
Je me suis barré dans la direction opposée, résultat : trois mois de plus.
— Né de père inconnu, qu’il a dit le procureur, avec un air méprisant, votre mère ? Tout le monde a une mère, même les gars de votre espèce. Son nom ?
— La « rue » ! j’ai dit :
Trois mois de plus !
— Votre nom ?
— Tipi ! j’ai dit :
Trois mois de plus !
Quand j’ai vu que ça se barrait comme ça, j’ai plus rien répondu :
Trois mois de plus !
Le « Proc trimestriel » qu’on le surnomme. Je le savais. Là, je l’ai compris.
Après ça, va t’en trouver du boulot ! Un normal je veux dire. Inutile. Alors tu prends ton sac, tes cliques, tes claques, et ta réinsertion tu vas la faire, là où, c’est sûr, jamais tu trouveras un casier vierge : la « rue » 

J’ai pris une bière et puis une autre, et puis une autre. Je commençais à me poser des questions à deux balles, genre <> , <> et puis je me suis retourné  et je l’ai  vue.

   Mais qu’est-ce que c’est que ce mec avec son barda sur l’épaule et son  tatouage de chef indien sur le biceps ? Il a les épaules larges et les cheveux doux comme ceux d’un enfant. On dirait un marin perdu dans Paris. Nos regards se sont croisés. Souffle coupé.  J’aime pas la drôle de sensation qui part de mon ventre et remonte jusqu’à me faire rougir. J’aime pas que ça redescende sans ascenseur et que ça se casse la gueule du côté de mes tripes. Et ça repart. Sac et ressac once again.  Je chope le mal de mer, juste à regarder ce marin de banlieue descendre des bières.    Elle s’est remise au flipper, la nana du fond. 

De dos, elle est discrète, mais quand même provocante.  Et elle fume des Peter. C’est quoi cette nana qui a l’air d’être tombée tout droit du ciel dans le bistrot ?  Je regarde même s’il y a pas un trou au plafond.  Elle dénote. Elle a rien à foutre là.  Et en plus, elle s’y prend comme un manche avec le flipper.    Dominique est arrivée, à la bourre, comme d’habitude. J’ai récupéré mon sac et on est sorties en jacassant. Le ciné est juste à côté, mais Domi n’aime pas rater la première partie.  En sortant, j’ai pas pu m’empêcher. J’ai tourné la tête vers lui et ses yeux se sont plantés dans les miens, et ses lèvres n’ont pas bougé mais quand même,  elles m’ont dit quelque chose.  Y avait un truc juste pour nous dans l’espace et j’ai souri.    La rue allume ses réverbères et dessine au cordeau des ombres dans les recoins et derrière les poubelles. Blues blues metal, du gris froid au gris noir. Blues blues animal, la rue vomit ses épaves, ses laisser pour compte, ses blaireaux, ses rescapés de la nuit. On crève en silence près du Mac Do, d’avoir trop bu. Mais on fait semblant de croire que le type dort. Les emmerdes, passé 23 h sont trop lourdes à porter.  Malgré tout, ça clignote et ça brille à s’en faire péter la rétine.   

Moi je dis que vouloir oublier quelqu’un, c’est y penser tout le temps.

Elle a souri.

Ou alors elle M’ A souri ?

Je suis pas sûr.

Bordel. L’amour, la haine, c’est la même odeur.

Je vomis ma bière dans le caniveau.

J’en finis pas de revoir son sourire pas calculé, son sourire qu’est né , comme ça, juste parce que ça lui faisait plaisir , j’en finis pas de revoir comme c’était doux  .

Je me rappelais plus que ça existait.

     

Le film était sympa comme un film hongrois en VO. Intello, quoi. Devant nous,  un géant polluait l’atmosphère en engloutissant des pop corn au caramel.

Dominique bichait. C’était un film pour elle, avec tellement de non- dits qu’elle se sentait drôlement intelligente d’arriver à suivre l’intrigue.

On est sorties de là sous l’averse et je pensais encore au tatouage du chef indien et à la danse de la pluie des tribus Cheyenne avant qu’elles ne se fassent exterminer. 

J’aurais bien dansé sous la pluie moi aussi, mais je n’ai décidément aucun talent, je chante faux, je danse pas et je me tape des soirées ciné club avec une copine intello qui finira sûrement vieille fille.

  

Elle est revenue ce soir, elle n’a fait que passer la tête au seuil du bistrot, semblant chercher quelqu’un , sa copine de l’autre fois peut-être, elle a eu une petite moue et elle est repartie. Son regard était au-dessus du mien, j’étais transparent. Armel n’existait pas.

C’est la fin du rêve.

-Vous y avez cru ? Trois mois de plus ! il aurait craché le proc.

  La rue n’est pas une fille facile. Elle hésite et se cambre et te broie le noir dans les yeux.     

<> est là, au comptoir !!!

Je finis une partie de flipper et ce soir, tout clignote dans tous les sens. Les boules sont des électrons libres qui ont décidé d’allumer tous les lampions à la fois. TILT et re TILT sur le compteur et son regard dans mon dos.  

Je sais que je lui plais. Il sait qu’il me plaît. Je sais qu’il sait qu’il me plaît.

Au comptoir, ça parle fort et ça refait le monde.  Mais quand je me retourne, il n’est plus là.

Je me marre intérieurement. Non, mais c’est vrai, je suis la meilleure scénariste du monde. Donnez-moi deux bouts de ficelle, un regard et des lampions et je vous fais le remake de Autant en emporte le vent, avec les flammes destructrices de la passion, les infamies et  le décor qui va avec.

De toute façon, il est l’heure de rentrer.

On va ranger les cartes postales des couchers de soleil sur Bora-Bora et tout ce qui fait que je carbure comme un chien fou pour un rien.

Lorsque je sors, la pluie tombe dru.

 

Trois jours qu’elle n’a pas montré le bout de son nez.

Trois jours que je suis à la rue, Fred m’a viré, cause que sa copine kabyle est revenue du pays.

Il m’a dit : «  tu comprends, tout ça, pour l’intimité, ça fait 3 mois qu’on s’est pas vus avec Kadidja. »…

Ouais. Je comprends.     

N’empêche.

L’autre soir, c’était dingue, cette nana, là, qui me tournait le dos et qui me tournait les sangs.

Dans les chiottes du bar, j’ai lu cette phrase marquée  au feutre noir sur  le mur :

«Aimer c’est ne pas avoir le soleil de tout le monde,  mais avoir le sien. »

Je t’en foutrais moi, des conneries pareilles.

  

« Hainons-nous les uns les autres. » Je déteste la tristesse des gens, ça les rend monstrueux.

 Dans la rue, tout le monde tire la gueule, l’air concentré, préoccupé, pressé.

Sinistrose générale mais moi, définitivement, je vais bien .

Je suis heureuse d’être là, heureuse de sentir l’air frais sur mon visage, heureuse de profiter de l’instant présent.

Peut-être qu’il manque l’espoir aux gens, peut-être qu’ils n’attendent plus rien, que leurs rêves sont morts.

Peut-être qu’ils ne savent plus voir…Il y a quelques heures, il était là, contre moi, dans mon lit. On n’a pas beaucoup parlé, c’était juste un flot de sensations à crû. Un débordement hormonal et romantique. Un grand besoin de tendresse. On a fait l’amour. Faut que je me le répète pour arriver à y croire.

J’avais pas tourné le dos qu’il me manquait déjà.

Il m’a dit qu’on se retrouvait ce soir, au bar, devant le flipper.

Quand j’arrive à proximité, un attroupement m’empêche de passer. Des gens la main devant la bouche pour signifier l’horreur de ce qu’ils voient, des cris, et les pompiers qui sont déjà au coin de la rue.  Mon inconscient a déjà enregistré tout ce qu’il y a à savoir, le bout de basket de la personne allongée, la forme sur le sol, mais moi, je ne comprends pas.

-Laissez passer.

Les secours se fraient un chemin .

  

                                    FIN

25 mai, 2011

Inventaire

Classé sous Bout de chemin — caloulaframboiz @ 18:07

maison001.jpg

Inventaire  

  Hier, j’ai terminé mon gros carnet orange, celui où je note dans le désordre le plus total ce que je ne veux pas oublier.  Avant qu’il rejoigne comme les autres la boîte à chaussures, je me suis amusée à le relire. 

Pêle-mêle : Des adresses,   des n° de téléphone,    des pensées philosophiques « Lorsque je choisis, il y a en moi quelque chose qui commande et quelque chose qui obéit »,« le bonheur ne laisse pas de trace, c’est une étoile filante »   

 j’aurais mieux fait de poser ma tête contre son cœur plutôt que de lui faire cette bise à la con » …   

Des pensées du jour:j’arrrive pas à éteindre toutes les lumières sur mon visage, un vrai sapin de Noël.    C. me fait l’effet ongles sur le tableau noir. 

   Des émotions d’adolescente :  Une page pleine de petits cœurs… 

   Des plans, un d’un quartier de Barcelone, un autre du quartier de l’Opéra à Paris, dessinés de ma main(j’avoue ,je ne sais lire que les plans que je fais)    

 des trucs mystérieux : « Koyaanisqatsi Coppola »,  « Promis je le ferai plus » ,   

 Des noms de médicaments : Tétralysal, Spasmine, D stress (hum… fille trop calme)   Des regrets :  Mise en vente des places U2 20 mars à 10h,    

 Des trucs vitaux : Acheter de l’huile de lin, une bouteille d’apéro, du chèvre.    

Des remarques essentielles :  J’ai 9 stylos rouges dans ma trousse, un dans mon sac à main, deux dans la voiture !   

Des traces de jours bien futiles : Vernis, mèches, shopping   

 Des choses sans lesquelles on ne peut vivre :  La recette de l’omelette au jambon et sirop d’érable,  

Des mots de passe : « 4a52b9 », sauf que je ne sais plus ce que ça ouvre…  Un  intrigant : Continue et tu vas prendre une baffe !       Un trèfle à quatre feuilles offert par un élève.  

  Des suites de mots qui après coup semblent incohérentes : « cathédrales, lampes, corde à nœuds, pèlerin pieds nus, tandem, plaque tournante ». ( celui qui trouve le point commun gagne le droit de revenir en deuxième semaine).   

Des passages, des phrases lues, tellement belles que je les ai recopiées :On doit pouvoir se rendre écarlates. ( Noir Désir) L’amour est un chien de l’enfer. ( Bukowski) Le dernier spécimen des gentils, de ceux qui portent le feu.( Mac Carthy)     Des thèmes astraux avec des flèches dans tous les sens et des signes cabalistiques.    Des résolutions d’équations mathématiques.  

Des gribouillis informes…témoignages de longues conversations téléphoniques.    Un énorme ça m’énerveeeeeee !!! écrit sur deux pages et souligné de trois traits…  

  Des bouts de choses qui sont devenus des textes…ou pas :

Il n’est de laideur en aucun paysage. Je n’y vois que couleurs aux fugues chromatiques. Un chemin forestier, l’asphalte des routes, la poésie d’un parking, la beauté mâle d’une usine à l’arrêt.  

Des titres de livres à lire absolument :Dans la tête de Robert Smith ( Cure),La délicatesse David Foenkinos , La couleur de sentiments Katrin Stockett…

 Des dates de concert à ne pas louper :Thiefaine, novembre 2011 !!!Scorpions, novembre 2011-Santana, arènes de Nîmes, Juillet !!!

Voilà, voilà, carnet refermé, rangé parmi tous les autres.

Le nouveau m’attend, avec une jolie première page blanche.Et toujours intacts, le goût  et l’envie de tout ce qui sera à écrire et à vivre.

 

    

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