Carnet de route de Caloulaframboiz

31 mars, 2013

Où vont les histoires.

Classé sous Fiction — caloulaframboiz @ 20:00

C’était devenu un rituel : tous les soirs, après ses six heures de ménage dans les bureaux de Bercy, Marcelle s’asseyait sur un banc, gare de Lyon, et passait une bonne heure à regarder les histoires des vies qui se croisaient là, sous ses yeux. Puis elle descendait prendre son RER et rentrait chez elle, où personne ne l’attendait.

D’accord, une gare, c’est crasseux. D’accord c’est bruyant, froid en hiver, et nauséabond en été. D’accord, c’est un peu comme une prostituée de l’est, avec beaucoup de passage et pas beaucoup de sentiments, et pourtant…

Pourtant, elle aimait le manège permanent des trains qui partent et qui arrivent, elle aimait le cliquetis des lettres métalliques qui s’affolent sur le grand panneau des départs. Elle aimait se raconter les histoires dont elle ne percevait que la façade : cette femme très belle et triste, avec un cœur aussi lourd que sa valise, ce jeune globe-trotter avec son sac à dos rond comme le monde, ce gamin qui se prend une claque parce qu’il tire la langue au contrôleur, ce paumé qui essaie de faire le sac d’une vieille…toutes ces silhouettes comme une ritournelle d’un monde qui court sur lui-même sans devoir jamais s’arrêter.

Un jour, il y a longtemps, elle avait été elle aussi une voyageuse, elle avait dit au revoir à quelqu’un sans savoir qu’elle ne le reverrait plus…

Calée sur son banc, avec son cabas contre les genoux, elle tourna la tête pour surveiller l’heure et se dit qu’elle n’allait pas tarder à descendre, lorsqu’elle vit, posé à côté d’elle un gros album photo .

Elle chercha des yeux à qui il pourrait appartenir… toute occupée qu’elle était à se perdre dans la vie des autres, elle n’avait pas du tout fait attention à la personne qui était assise à côté d’elle.

Elle attendit longtemps, avec l’album dans les mains, sans trop savoir quoi faire. Parfois, le soir, elle repartait avec un journal ou un magazine oublié mais un album, c’était différent. C’était personnel.

Indécise, elle laissa le temps  s’écouler mais cette fois, son regard était rivé sur la couverture cartonnée de l’album. Finalement, avec des scrupules de gamine prise sur le fait, elle l’ouvrit.

Sur la première page, c’était la photo d’une jeune femme assise sur des escaliers ensoleillés, elle semblait insouciante et heureuse de vivre. Puis suivaient des photos de famille, avec les mêmes personnages qui revenaient à chaque fois. Elle leur donna des noms. Lui, là, avec son air jovial, c’était René, et celui-là, sûrement le grand –père, elle l’appela Florent. Il avait toujours l’air droit et autoritaire. Et puis cette grande brune assez jolie devait s’appeler Marie. On retrouvait un cousin, Vincent, des amis, Frank et Lucette, un chien, Caporal. La famille partait en vacances dans une voiture surchargée, photos de campings à la montagne, de veillées auprès d’un feu, de poses rigolotes devant des monuments. Et puis il y avait une naissance, un petit bébé beau comme un astre, devant des parents qui éclataient de bonheur. La petite nouvelle s’appellerait Sarah. Puis on découvrait Sarah faisant ses premiers pas, Sarah avec son premier cartable sur les épaules, puis une autre naissance, des Noëls avec des cadeaux et des bougies sur la table, des pique-niques dans les prés et des plongeons forcés dans la piscine.

Le temps passait comme la vie au fil des pages. Sarah était devenue une ado, on la voyait avec son petit copain, puis avec un autre, et puis encore un autre, et puis un autre, et Marcelle se dit que cette Sarah avait un cœur d’artichaut… Photos d’anniversaires, de batailles de mousse à raser, de construction d’une maison,  de couchers de soleil sur un coin de paradis…Marcelle s’attachait à tout ce monde qui défilait sous ses yeux juste pour elle, il lui semblait maintenant qu’elle connaissait intimement chacun d’eux, qu’elle perçait peu à peu leur caractère…Photos de gestes tendres, d’une main posée sur l’ épaule, d’un sourire chaviré, d’un regard désabusé, ou perdu dans le vide. Le grand –père devait être mort, il avait disparu depuis plusieurs pages…

-Madame ? Tout va bien ? Vous attendez quelqu’un ?

C’était une agent de sécurité de la SNCF.

En levant les yeux vers elle, Marcelle fut surprise de voir qu’il faisait nuit noire et que la gare s’était peu à peu vidée.

-Oui, oui, tout va bien, la rassura-t-elle, je m’en allais.

L’agent s’éloigna.

Il ne restait plus qu’une page à tourner à cet album.

Marcelle se dit qu’elle allait regarder la dernière photo, puis qu’elle remettrait l’album à sa place. Peut-être que demain, quelqu’un viendrait le chercher ?

Elle tourna la page.

Sur la dernière photo, on voyait une vieille dame dans une gare.

Assise sur un banc.

9 juin, 2012

Où vont les histoires.

Classé sous Fiction,Non classé — caloulaframboiz @ 12:56

C’était devenu un rituel : tous les soirs, après ses six heures de ménage dans les bureaux de Bercy, Marcelle s’asseyait sur un banc, gare de Lyon, et passait une bonne heure à regarder les histoires des vies qui se croisaient là, sous ses yeux. Puis elle descendait prendre son RER et rentrait chez elle, où personne ne l’attendait.

D’accord, une gare, c’est crasseux. D’accord c’est bruyant, froid en hiver, et nauséabond en été. D’accord, c’est un peu comme une prostituée de l’est, avec beaucoup de passage et pas beaucoup de sentiments, et pourtant…

Pourtant, elle aimait le manège permanent des trains qui partaient et qui arrivaient, elle aimait le cliquetis des lettres métalliques qui s’affolaient sur le grand panneau des entrées. Elle aimait se raconter les histoires dont elle ne percevait que la façade : cette femme très belle et triste, avec un cœur aussi lourd que sa valise, ce jeune globe-trotter avec son sac à dos rond comme le monde, ce gamin qui se prend une claque parce qu’il tire la langue au contrôleur, ce paumé qui essaie de faire le sac d’une vieille…toutes ces silhouettes comme une ritournelle d’un monde qui court sur lui-même sans devoir jamais s’arrêter.

Un jour, il y a longtemps, elle avait été elle aussi une voyageuse, elle avait dit au revoir à quelqu’un sans savoir qu’elle ne le reverrait plus…Calée sur son banc, avec son cabas contre les genoux, elle tourna la tête pour surveiller l’heure et se dit qu’elle n’allait pas tarder à descendre, lorsqu’elle vit, posé à côté d’elle un gros album photo .Elle chercha des yeux à qui il pourrait appartenir… toute occupée qu’elle était à se perdre dans la vie des autres, elle n’avait pas du tout fait attention à la personne qui était assise à côté d’elle.

Elle attendit longtemps, avec l’album dans les mains, sans trop savoir quoi faire. Parfois, le soir, elle repartait avec un journal ou un magazine oublié mais un album, c’était différent. C’était personnel. Indécise, elle laissa le temps  s’écouler mais cette fois, son regard était rivé sur la couverture cartonnée de l’album. Finalement, avec des scrupules de gamine prise sur le fait, elle l’ouvrit.

Sur la première page, c’était la photo d’une jeune femme assise sur des escaliers ensoleillés, elle semblait insouciante et heureuse de vivre. Puis suivaient des photos de famille, avec les mêmes personnages qui revenaient à chaque fois. Elle leur donna des noms. Lui, là, avec son air jovial, c’était René, et celui-là, sûrement le grand –père, elle l’appela Florent. Il avait toujours l’air droit et autoritaire. Et puis cette grande brune assez jolie devait s’appeler Marie. On retrouvait un cousin, Vincent, des amis, Frank et Lucette, un chien, Caporal. La famille partait en vacances dans une voiture surchargée, photos de campings à la montagne, de veillées auprès d’un feu, de poses rigolotes devant des monuments. Et puis il y avait une naissance, un petit bébé beau comme un astre, devant des parents qui éclataient de bonheur. La petite nouvelle s’appellerait Sarah. Puis on découvrait Sarah faisant ses premiers pas, Sarah avec son premier cartable sur les épaules, puis une autre naissance, des Noëls avec des cadeaux et des bougies sur la table, des pique-niques dans les prés et des plongeons forcés dans la piscine.

Le temps passait comme la vie au fil des pages. Sarah était devenue une ado, on la voyait avec son petit copain, puis avec un autre, et puis encore un autre, et puis un autre, et Marcelle se dit que cette Sarah avait un cœur d’artichaut… Photos d’anniversaires, de batailles de mousse à raser, de construction d’une maison,  de couchers de soleil sur un coin de paradis…Marcelle s’attachait à tout ce monde qui défilait sous ses yeux juste pour elle, il lui semblait maintenant qu’elle connaissait intimement chacun d’eux, qu’elle perçait peu à peu leur caractère…Photos de gestes tendres, d’une main posée sur l’ épaule, d’un sourire chaviré, d’un regard désabusé, ou perdu dans le vide. Le grand –père devait être mort, il avait disparu depuis plusieurs pages… 

-Madame ? Tout va bien ? Vous attendez quelqu’un ?

C’était une agent de sécurité de la SNCF. En levant les yeux vers elle, Marcelle fut surprise de voir qu’il faisait nuit noire et que la gare s’était peu à peu vidée.

-Oui, oui, tout va bien, la rassura-t-elle, je m’en allais.

 L’agent s’éloigna. Il ne restait plus qu’une page à tourner à cet album. Marcelle se dit qu’elle allait regarder la dernière photo, puis qu’elle remettrait l’album à sa place. Peut-être que demain, quelqu’un viendrait le chercher ?

Elle tourna la page.Sur la dernière photo, on voyait une vieille dame dans une gare.

Assise sur un banc.

8 novembre, 2011

Quand t’as le blues

Classé sous Fiction — caloulaframboiz @ 21:25

C’est dur d’écrire son blues. Parce que quand t’as le blues, t’as envie de rien. Et surtout pas de mettre des mots inutiles sur ton vague à l’âme abyssal. Faut beaucoup de gaieté pour parler de sa tristesse. Faut beaucoup de courage pour parler de la lâcheté du monde et faut beaucoup d’humour pour dire le tam- tam mélancolique de ses ventricules.  Quand t’as le blues, le monde est forcément raccord avec toi. C’est toujours ce jour-là que le ciel restera gris même à midi, que les grosses gouttes glacées viendront s’écraser sur la vitre de ta cuisine et que le ciel essorera ses nuages sur ton linge fraîchement étendu.  C’est ce jour-là que ton chat disparaîtra, alors que tu aurais eu tant besoin de ses aller-retour contre tes jambes, c’est ce jour-là que le voisin choisira pour retravailler un prélude de Bach en enchaînant les fausses notes comme des perles sur un collier, et ce jour-là que le lave-linge se mettra à fuir pendant que la radio diffusera l’intégrale des slows de Scorpion.  Ce jour-là aussi, t’auras des envies de gagner au loto, de gommer du paysage tes collègues de boulot, et de te voir canon dans le miroir, sauf que tu ne joues jamais aux jeux de hasard, que tes collègues rigolent bien fort mais s’arrêtent net quand tu rentres dans la pièce,  et que t’as des cernes comme des soucoupes autour des yeux.    Quand t’as le blues, tu te dis que tu aurais dû aller à ce rendez-vous amoureux à Paris, qu’il te manque toujours autant, et que ce que tu ressens pour lui est plus fort que ce que tu lui reproches, et pourtant, ce que tu lui reproches, c’est moche. Tu te rappelles ce philosophe qui disait que Les seuls paradis sont ceux qu’on a perdus, mais c’est pas franchement fait pour te remonter le moral.    Faudrait voir à ne pas trop se laisser aller à la dérive, du coup,  tu enfiles ta veste et tu vas tenter de t’aérer l’esprit au café du coin. Mais le mauvais temps a dissous les clients et la patronne a tiré le rideau. Elle aussi n’avait pas le moral alors elle a dû rentrer chez elle et  préparer un bœuf Bourguignon longuement mitonné au coin du feu.   Le café fermé, tu rentres chez toi penaude. Le chat est rentré et réclame ses croquettes. Tu as oublié d’en racheter mais t’es tellement contente de le revoir que tu lui files ton steak haché fait sous tes yeux par ton boucher préféré.  Tu sors ta guitare de l’étui et tu grattes quelques notes, un air de blues piqué à Rory Gallagher.   OK, tu ne joues pas aussi bien et ta voix laisse à désirer mais c’est tout de même beau et émouvant, alors le chat ronronne, la pluie ne frappe plus les vitres mais les caresse, et le réverbère en bas de chez toi ne déconne, plus,simplement il  clignote….A bien y regarder, tu crois même qu’il te fait de l’oeil…Le voisin du dessus a dû finir par s’endormir ou s’est fait enlever par des extra-terrestres, parce qu’on n’entend plus rien.  Et le silence revenu , ce silence qui certains jours te fait flipper, distillerait presque un petit goût d’on n’est pas mal ici.  

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26 mai, 2011

Love is a loosing game ( et le premier qui me dit que non… lol)

Classé sous Fiction — caloulaframboiz @ 22:05

rue.jpg  

Si on souhaite savoir où crèche Dieu, il suffit de demander à un ivrogne. Bukowski  

  Ce soir, la rue est pleine de rires et d’engueulades, pleine de drames et de calme poisseux.  Ce soir, la rue fait son théâtre, avec ses chats efflanqués guettant à l’arrière  des restos, les mémés à fichus  sortant les poubelles à pas mesurés et les Doors, quelque part dans une chambre de bonnes, déchirant post- mortem tout un pan du monde. Il y a aussi les gueules des pochards célestes tendues vers les étoiles, réclamant leur dû , et des filles aux beautés outrageuses, à vendre, ou non, c’est selon.    

Il y a aussi de la misère sous les cartons, un rat en décomposition dans le container de l’immeuble bourgeois et de la richesse dans le cœur du petit vieux, pas retombé en enfance, mais  retombé amoureux… 

  Dans cette rue qui descend tout droit vers le parc… Moi, Apolline, hormis mon joli prénom, je suis une fille sans aucun talent, à part celui de sauter à pieds joints dans les ennuis. Du genre à aller dîner avec un parfait inconnu dont j’ apprends un quart d’heure plus tard qu’il milite au FN, du genre à me retrouver enfermée dans un parc et à devoir escalader le portail en petite robe d’été et talons hauts pendant que le clochard hilare  se met à croire au père Noël et gueule :<>  Du genre aussi à tomber amoureuse pour un sourire, une attention. Une gourde, quoi. Les gens aiment bien les gourdes et moi, j’ aime bien qu’on m’aime.  Dans le café, je fais une partie de flipper en attendant Dominique, ma colocataire. J’ai vu rentrer ce gars et la boule est retombée direct , sans marquer un point.  Je croirais aux  présages, que ça en serait un bien mauvais.   

Armel. J’ai un prénom à la con et je sors de prison.

J’ aurais pu m’appeler Pascal ou Fred, ça aurait été sûrement plus facile, mais non, Armel , ma mère avait décidé , avant de mourir bêtement, renversée par un chauffard, place de la Renaissance.  — Restez où vous êtes, il a gueulé !
Je me suis barré dans la direction opposée, résultat : trois mois de plus.
— Né de père inconnu, qu’il a dit le procureur, avec un air méprisant, votre mère ? Tout le monde a une mère, même les gars de votre espèce. Son nom ?
— La « rue » ! j’ai dit :
Trois mois de plus !
— Votre nom ?
— Tipi ! j’ai dit :
Trois mois de plus !
Quand j’ai vu que ça se barrait comme ça, j’ai plus rien répondu :
Trois mois de plus !
Le « Proc trimestriel » qu’on le surnomme. Je le savais. Là, je l’ai compris.
Après ça, va t’en trouver du boulot ! Un normal je veux dire. Inutile. Alors tu prends ton sac, tes cliques, tes claques, et ta réinsertion tu vas la faire, là où, c’est sûr, jamais tu trouveras un casier vierge : la « rue » 

J’ai pris une bière et puis une autre, et puis une autre. Je commençais à me poser des questions à deux balles, genre <> , <> et puis je me suis retourné  et je l’ai  vue.

   Mais qu’est-ce que c’est que ce mec avec son barda sur l’épaule et son  tatouage de chef indien sur le biceps ? Il a les épaules larges et les cheveux doux comme ceux d’un enfant. On dirait un marin perdu dans Paris. Nos regards se sont croisés. Souffle coupé.  J’aime pas la drôle de sensation qui part de mon ventre et remonte jusqu’à me faire rougir. J’aime pas que ça redescende sans ascenseur et que ça se casse la gueule du côté de mes tripes. Et ça repart. Sac et ressac once again.  Je chope le mal de mer, juste à regarder ce marin de banlieue descendre des bières.    Elle s’est remise au flipper, la nana du fond. 

De dos, elle est discrète, mais quand même provocante.  Et elle fume des Peter. C’est quoi cette nana qui a l’air d’être tombée tout droit du ciel dans le bistrot ?  Je regarde même s’il y a pas un trou au plafond.  Elle dénote. Elle a rien à foutre là.  Et en plus, elle s’y prend comme un manche avec le flipper.    Dominique est arrivée, à la bourre, comme d’habitude. J’ai récupéré mon sac et on est sorties en jacassant. Le ciné est juste à côté, mais Domi n’aime pas rater la première partie.  En sortant, j’ai pas pu m’empêcher. J’ai tourné la tête vers lui et ses yeux se sont plantés dans les miens, et ses lèvres n’ont pas bougé mais quand même,  elles m’ont dit quelque chose.  Y avait un truc juste pour nous dans l’espace et j’ai souri.    La rue allume ses réverbères et dessine au cordeau des ombres dans les recoins et derrière les poubelles. Blues blues metal, du gris froid au gris noir. Blues blues animal, la rue vomit ses épaves, ses laisser pour compte, ses blaireaux, ses rescapés de la nuit. On crève en silence près du Mac Do, d’avoir trop bu. Mais on fait semblant de croire que le type dort. Les emmerdes, passé 23 h sont trop lourdes à porter.  Malgré tout, ça clignote et ça brille à s’en faire péter la rétine.   

Moi je dis que vouloir oublier quelqu’un, c’est y penser tout le temps.

Elle a souri.

Ou alors elle M’ A souri ?

Je suis pas sûr.

Bordel. L’amour, la haine, c’est la même odeur.

Je vomis ma bière dans le caniveau.

J’en finis pas de revoir son sourire pas calculé, son sourire qu’est né , comme ça, juste parce que ça lui faisait plaisir , j’en finis pas de revoir comme c’était doux  .

Je me rappelais plus que ça existait.

     

Le film était sympa comme un film hongrois en VO. Intello, quoi. Devant nous,  un géant polluait l’atmosphère en engloutissant des pop corn au caramel.

Dominique bichait. C’était un film pour elle, avec tellement de non- dits qu’elle se sentait drôlement intelligente d’arriver à suivre l’intrigue.

On est sorties de là sous l’averse et je pensais encore au tatouage du chef indien et à la danse de la pluie des tribus Cheyenne avant qu’elles ne se fassent exterminer. 

J’aurais bien dansé sous la pluie moi aussi, mais je n’ai décidément aucun talent, je chante faux, je danse pas et je me tape des soirées ciné club avec une copine intello qui finira sûrement vieille fille.

  

Elle est revenue ce soir, elle n’a fait que passer la tête au seuil du bistrot, semblant chercher quelqu’un , sa copine de l’autre fois peut-être, elle a eu une petite moue et elle est repartie. Son regard était au-dessus du mien, j’étais transparent. Armel n’existait pas.

C’est la fin du rêve.

-Vous y avez cru ? Trois mois de plus ! il aurait craché le proc.

  La rue n’est pas une fille facile. Elle hésite et se cambre et te broie le noir dans les yeux.     

<> est là, au comptoir !!!

Je finis une partie de flipper et ce soir, tout clignote dans tous les sens. Les boules sont des électrons libres qui ont décidé d’allumer tous les lampions à la fois. TILT et re TILT sur le compteur et son regard dans mon dos.  

Je sais que je lui plais. Il sait qu’il me plaît. Je sais qu’il sait qu’il me plaît.

Au comptoir, ça parle fort et ça refait le monde.  Mais quand je me retourne, il n’est plus là.

Je me marre intérieurement. Non, mais c’est vrai, je suis la meilleure scénariste du monde. Donnez-moi deux bouts de ficelle, un regard et des lampions et je vous fais le remake de Autant en emporte le vent, avec les flammes destructrices de la passion, les infamies et  le décor qui va avec.

De toute façon, il est l’heure de rentrer.

On va ranger les cartes postales des couchers de soleil sur Bora-Bora et tout ce qui fait que je carbure comme un chien fou pour un rien.

Lorsque je sors, la pluie tombe dru.

 

Trois jours qu’elle n’a pas montré le bout de son nez.

Trois jours que je suis à la rue, Fred m’a viré, cause que sa copine kabyle est revenue du pays.

Il m’a dit : «  tu comprends, tout ça, pour l’intimité, ça fait 3 mois qu’on s’est pas vus avec Kadidja. »…

Ouais. Je comprends.     

N’empêche.

L’autre soir, c’était dingue, cette nana, là, qui me tournait le dos et qui me tournait les sangs.

Dans les chiottes du bar, j’ai lu cette phrase marquée  au feutre noir sur  le mur :

«Aimer c’est ne pas avoir le soleil de tout le monde,  mais avoir le sien. »

Je t’en foutrais moi, des conneries pareilles.

  

« Hainons-nous les uns les autres. » Je déteste la tristesse des gens, ça les rend monstrueux.

 Dans la rue, tout le monde tire la gueule, l’air concentré, préoccupé, pressé.

Sinistrose générale mais moi, définitivement, je vais bien .

Je suis heureuse d’être là, heureuse de sentir l’air frais sur mon visage, heureuse de profiter de l’instant présent.

Peut-être qu’il manque l’espoir aux gens, peut-être qu’ils n’attendent plus rien, que leurs rêves sont morts.

Peut-être qu’ils ne savent plus voir…Il y a quelques heures, il était là, contre moi, dans mon lit. On n’a pas beaucoup parlé, c’était juste un flot de sensations à crû. Un débordement hormonal et romantique. Un grand besoin de tendresse. On a fait l’amour. Faut que je me le répète pour arriver à y croire.

J’avais pas tourné le dos qu’il me manquait déjà.

Il m’a dit qu’on se retrouvait ce soir, au bar, devant le flipper.

Quand j’arrive à proximité, un attroupement m’empêche de passer. Des gens la main devant la bouche pour signifier l’horreur de ce qu’ils voient, des cris, et les pompiers qui sont déjà au coin de la rue.  Mon inconscient a déjà enregistré tout ce qu’il y a à savoir, le bout de basket de la personne allongée, la forme sur le sol, mais moi, je ne comprends pas.

-Laissez passer.

Les secours se fraient un chemin .

  

                                    FIN

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