Carnet de route de Caloulaframboiz

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8 novembre, 2011

Quand t’as le blues

Classé sous Fiction — caloulaframboiz @ 21:25

C’est dur d’écrire son blues. Parce que quand t’as le blues, t’as envie de rien. Et surtout pas de mettre des mots inutiles sur ton vague à l’âme abyssal. Faut beaucoup de gaieté pour parler de sa tristesse. Faut beaucoup de courage pour parler de la lâcheté du monde et faut beaucoup d’humour pour dire le tam- tam mélancolique de ses ventricules.  Quand t’as le blues, le monde est forcément raccord avec toi. C’est toujours ce jour-là que le ciel restera gris même à midi, que les grosses gouttes glacées viendront s’écraser sur la vitre de ta cuisine et que le ciel essorera ses nuages sur ton linge fraîchement étendu.  C’est ce jour-là que ton chat disparaîtra, alors que tu aurais eu tant besoin de ses aller-retour contre tes jambes, c’est ce jour-là que le voisin choisira pour retravailler un prélude de Bach en enchaînant les fausses notes comme des perles sur un collier, et ce jour-là que le lave-linge se mettra à fuir pendant que la radio diffusera l’intégrale des slows de Scorpion.  Ce jour-là aussi, t’auras des envies de gagner au loto, de gommer du paysage tes collègues de boulot, et de te voir canon dans le miroir, sauf que tu ne joues jamais aux jeux de hasard, que tes collègues rigolent bien fort mais s’arrêtent net quand tu rentres dans la pièce,  et que t’as des cernes comme des soucoupes autour des yeux.    Quand t’as le blues, tu te dis que tu aurais dû aller à ce rendez-vous amoureux à Paris, qu’il te manque toujours autant, et que ce que tu ressens pour lui est plus fort que ce que tu lui reproches, et pourtant, ce que tu lui reproches, c’est moche. Tu te rappelles ce philosophe qui disait que Les seuls paradis sont ceux qu’on a perdus, mais c’est pas franchement fait pour te remonter le moral.    Faudrait voir à ne pas trop se laisser aller à la dérive, du coup,  tu enfiles ta veste et tu vas tenter de t’aérer l’esprit au café du coin. Mais le mauvais temps a dissous les clients et la patronne a tiré le rideau. Elle aussi n’avait pas le moral alors elle a dû rentrer chez elle et  préparer un bœuf Bourguignon longuement mitonné au coin du feu.   Le café fermé, tu rentres chez toi penaude. Le chat est rentré et réclame ses croquettes. Tu as oublié d’en racheter mais t’es tellement contente de le revoir que tu lui files ton steak haché fait sous tes yeux par ton boucher préféré.  Tu sors ta guitare de l’étui et tu grattes quelques notes, un air de blues piqué à Rory Gallagher.   OK, tu ne joues pas aussi bien et ta voix laisse à désirer mais c’est tout de même beau et émouvant, alors le chat ronronne, la pluie ne frappe plus les vitres mais les caresse, et le réverbère en bas de chez toi ne déconne, plus,simplement il  clignote….A bien y regarder, tu crois même qu’il te fait de l’oeil…Le voisin du dessus a dû finir par s’endormir ou s’est fait enlever par des extra-terrestres, parce qu’on n’entend plus rien.  Et le silence revenu , ce silence qui certains jours te fait flipper, distillerait presque un petit goût d’on n’est pas mal ici.  

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